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Le 14 octobre 2018, Benoît Hamon, fondateur de Génération.s, ancien candidat PS à l’élection présidentielle, est l’invité de "Dimanche en politique", le magazine politique de France 3. Il est interrogé par Francis Letellier, avec à ses côtés Cécile Cornudet, éditorialiste aux Echos.

BENOIT HAMON DIMPOL MEDIA DIXIT WORLD

Au sommaire

- Quel espace aujourd’hui pour l’ancien candidat à la présidentielle qui a récolté seulement 6% des scores ?

- Seize mois après la création de son propre parti, Génération.s, Benoît Hamon peut-il attirer à lui les déçus du PS et du PCF ?

- Partira-t-il seul à la bataille des européennes ou va-t-il tenter des alliances ?

- La gauche fera-t-elle les frais du remaniement d’Emmanuel Macron ?

HAMON LETELLIER DIMPOL MEDIA DIXIT WORLD

Le PS vient de voir partir son aile gauche, le parti communiste est divisé à un mois de son congrès, et au milieu de ce grand chambardement, Benoît Hamon pourrait avoir une carte à jouer aux élections européennes de 2019.

Le pape compare l'IVG au fait de donner la mort

Le pape François a tenu des propos anti-IVG, en posant notamment cette question : "Est-il juste d'avoir recours à un tueur à gages pour résoudre un problème ?" Déjà, en juin, il avait comparé l'IVG à l'eugénisme pratiqué par les nazis. La France aurait-elle dû réagir ? "Sans doute , parce qu'on est sur une déclaration qui tord un peu le cou à une idée selon laquelle le pape est plus progressiste que les autres", répond Benoît Hamon. Selon lui, le pape François aurait désormais un discours plus inspiré par l'Opus Dei et par l'aile conservatrice de l'Eglise que par les courants progressistes catholiques.

Sur le manque de réactivité d'Emmanuel Macron face aux propos du pape, ainsi que sur le recul de la légalisation de la PMA pour tou(te)s, Benoît Hamon juge que le chef de l'Etat est "d'une grande timidité sur ces sujets-là". "Aujourd'hui il cède devant les lobbies conservateurs", ajoute-t-il.

PAPE FRANCOIS DIMPOL MEDIA DIXIT WORLD

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Taxe d'habitation

Un bras de fer se joue actuellement entre Emmanuel Macron et les élus de 6 000 communes. Les collectivités locales "ont des vraies difficultés financières", rappelle Benoît Hamon, en soulignant la baisse des dotations de l'Etat. Selon lui, Emmanuel Macron savait que la taxe d'habitation allait augmenter dans beaucoup de communes.

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Manifeste sur l'accueil des migrants

Jean-Luc Mélenchon a refusé de signer le traité le manifeste pour l'accueil des migrants. "C'est un sujet de discorde. Je considère qu'il y a ici une digue, une digue fondamentale", soulève Benoît Hamon. Une gauche divisée sur le sujet des migrants. "Ce n'est pas vrai de penser que quelques migrants en plus vont fragiliser les droits des salariés ici", répond-il à ce discours qui existe à gauche.

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Désaccord sur le manifeste pour l’accueil des migrants / LIBERATION : EMMA DONADA

Le 14 octobre, Benoît Hamon est interrogé sur le manifeste pour l’accueil des migrants dans l’émission Dimanche en politique sur France 3. Manifeste que l’ancien candidat du parti socialiste a signé contrairement au leader de la France Insoumise. «Moi je pense qu’il manque ce combat-là pour une histoire de virgule», a-t-il notamment estimé. Sur son compte Twitter, le chef de Génération.s reprend cette formulation en la transformant légèrement pour résumer son intervention :

TWEET HAMON MIGRANTS

Jean-Luc Mélenchon répond alors que Benoît Hamon «n’a pas "chipoté sur les virgules"» au moment de «la loi Valls sur l’immigration» et avait «tout approuvé». Une formulation mystérieuse puisqu’il n’existe pas à proprement parler de «loi Valls» sur l’immigration, mais plutôt plusieurs circulaires signées pendant que Manuel Valls était au ministère de l’Intérieur. La plus connue étant ladite «circulaire Valls» de 2012 sur les régularisations.

Contactée par CheckNews pour plus de précisions, la France Insoumise explique que Jean-Luc Mélenchon fait référence à la loi sur le droit des étrangers adoptée en 2016, lorsque Benoît Hamon était député et Manuel Valls, Premier ministre. C’est Bernard Cazneuve qui est alors à l’Intérieur et porte le texte. «Il y avait des marqueurs forts de la part de Valls dans le projet, comme la réduction des délais OQTF», explique la FI, pour justifier l’appellation de «loi Valls». 

Une loi controversée

La loi sur le droit des étrangers réforme le Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Elle instaure notamment un titre de séjour intermédiaire «pluriannuel» entre le titre d’un an et celui de 10 ans qui est bien plus difficile à obtenir et un «passeport talent» délivré sous certaines conditions. Le texte prévoit aussi que l’assignation à résidence soit privilégiée à la mise en rétention. Dans le même temps, les pouvoirs de surveillance du préfet sont renforcés, et les mesures d’éloignement durcies.

Pour la Cimade, une association qui défend les droits des étrangers le texte propose «quelques petites avancées pour des petites catégories de personnes (quelques centaines) et pour les dizaines de milliers d’autres, plus de répression, moins de droits, etc» . 

Par ailleurs, il est reproché à la loi de ne pas avoir mis fin à la rétention des mineurs, comme François Hollande l’avait promis. Au contraire, la loi du 7 mars 2016 donne un cadre légal à cette pratique qui n’en possédait pas avant.

Critiqué pour son silence

Hamon a-t-il approuvé ce texte, comme l’affirme Mélenchon ? «C’est une blague», commente à CheckNews le leader de Génération.s, agacé. «Mélenchon devrait arrêter de faire son troll sur internet». L’ancien frondeur estime qu’il est difficile de lui trouver «une histoire d’amour avec Valls là-dessus», même s’il explique ne pas se souvenir du scrutin. D’après lui, il n’était «probablement pas dans l’hémicycle à ce moment-là». De fait, il n’apparaît pas dans les comptes rendus des débats disponibles sur l’Assemblée nationale.

Impossible de savoir de toute manière si Benoît Hamon a participé au vote, et ce qu’il a voté, puisque le vote en lecture définitive de ce texte s’est effectué à main levée. Il n’est donc pas possible d’en connaître le détail, comme nous l’expliquions dans une réponse précédente.

Chez la France Insoumise, on se défend en faisant remarquer que Jean-Luc Mélenchon n’a pas parlé de vote :«il a dit bien "approuvé" et non "voté"». Par ailleurs, la critique du leader insoumis concerne plus généralement «les députés socialistes, dont Hamon», nous explique-t-on. 

L’immigration n’était pas la priorité de la fronde

Contactée par CheckNews, Barbara Romagan, ancienne députée frondeuse qui a rejoint Génération.s met en avant une question d’agenda : «Je n’avais rien mis sur mon blog [au sujet du projet de loi, ndlr] alors que je suis ça de près. C’était juste après la déchéance de nationalité et en pleine loi travail, ça explique peut-être une mobilisation moindre», observe-t-elle.

Par ailleurs, «la fronde n’était pas organisée sur la question du droit des étrangers», mais sur des questions économiques et sociales, rappelle-t-elle. «À part les questions économiques où tout le monde était assez soudé, il y avait des approches différentes sur à peu près tout le reste», confirme Pouria Amirshahi, ancien député frondeur, très porté, lui, sur les questions d’immigration et qui dénonce aujourd’hui une «loi de refus de l’accueil»: «la dérive de la gauche était déjà là».

De son côté, il se rappelle avoir annoncé publiquement qu’il voterait contre le projet de loi en deuxième lecture. «Il est possible que Hamon n’a pas allumé le son à ce moment-là», estime-t-il, même s’il ne se souvient pas s’être opposé à son ancien collègue sur ce sujet avec lequel il partageait le combat pour le droit de vote des étrangers et contre le contrôle au faciès.

Interrogé sur son avis a posteriori sur cette loi, Benoît Hamon se souvient de l’instauration des cartes pluriannuelles comme un élément «plutôt positif». «En tant que parlementaire, je recevais beaucoup de demandes, car les titres de séjour d’un an rendaient la vie impossible pour trouver un logement, un travail», se rappelle-t-il. Cependant, «il n’y avait rien de nature à profondément déprécariser les étrangers en France», estime-t-il. 

C’est surtout au moment de la primaire que la divergence entre le futur candidat à la présidentielle et Manuel Valls se précisera. En janvier 2017, Le Monde publie un article qui souligne les divergences entre Hamon et Valls, intitulé «Migrations : une divergence totale entre Hamon et Valls», à l’occasion du deuxième débat de la primaire. «Nous pouvons accueillir davantage de migrants», estime-t-il notamment.

 DIMPOL LOGOA la fin du magazine, l'invité (e-s) politique expose son avis "Sur le vif " : Le temps a mangé Benoît Hamon.

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